
Soixante-dix pour cent de la population pauvre de l'Afrique vit dans des zones rurales et dépend essentiellement de l'agriculture pour sa subsistance. Rien d'étonnant donc à ce que la politique de développement des pays africains préconisée par le NEPAD, l'Union africaine, la FAO et le FIDA entre autres, défendent l'idée que l'un des éléments essentiels en matière de développement économique global et de diminution de la pauvreté est une agriculture basée sur le milieu rural.
Au début des années 1980, avant qu'existe une pensée internationale officielle sur la question, le Frère Godfrey Nzamujo qui avait fait ses études aux États-Unis, quitte sa vie douillette d'enseignant et de chercheur dans une université célèbre du sud de la Californie pour se lancer dans une expérience sociale quasi spontanée dans le domaine du développement durable. À son arrivée au Bénin, Nzamujo se voit accorder, suite à ses pressions sur le gouvernement pour obtenir un lopin de terre, un hectare de terrain marécageux situé dans une banlieue de Porto Novo. Aidé par six jeunes déscolarisés, Nzamujo se met à créer un environnement où un Africain ordinaire pourrait vivre et apprendre. Son objectif : " combattre la pauvreté en transformant le pauvre en producteur actif. " C'est de là qu'est issu le Centre Songhaï pour la formation, la production, la recherche et le développement de méthodes d'agriculture durable, établi en 1985 (
www.songhai.org).Un élève du centre apprend habituellement l'élevage, la production vivrière (comment créer des produits à valeur ajoutée tels que le yaourt et les produits de boulangerie) ainsi que des stratégies de gestion telles que la commercialisation des produits auprès de restaurants, d'établissements de vente au détail et d'exportateurs.
En l'espace d'un an, l'expérience de Nzamujo accueillait 28 apprentis agriculteurs et disposait de dix hectares. Aujourd'hui, le programme compte cinq établissements satellites supplémentaires au Bénin.
Le programme Songhaï se distingue non seulement par sa volonté de renforcement des capacités dans le domaine de la production agricole mais aussi par son approche globale qui inclut une formation en commercialisation, gestion, organisation et planification ainsi qu'une formation technique dans le domaine de la conception de machines et de procédés visant à améliorer la productivité et à faciliter la transformation de produits alimentaires. Nous citerons comme exemple de ces innovations techniques un déblayeur de noix de palme, un cuiseur à vapeur et une presse à huile de palme.
Lamartine Mathias Tottin, âgé de 35 ans, a terminé sa formation au centre en janvier 1997. Agriculteur, il est devenu, malgré son jeune âge, le plus gros producteur d'aliments pour animaux du Bénin grâce à la formation reçue au centre de Songhaï. " Le programme, à 80% pratique, enseigne la production d'animaux et de produits à base d'animaux et de végétaux. J'y ai acquis des connaissances dans les domaines de l'élevage de la volaille, des porcs, du bétail et de la pisciculture et j'ai également appris à cultiver des légumes tels que les laitues et les choux ainsi que des légumineuses telles que le soja et le maïs."
La mission de Songhaï est " de favoriser l'épanouissement de la créativité et de l'innovation, et par là de rétablir une société africaine stable, capable de bénéficier de la mondialisation plutôt que d'en être exclue ou d'en subir uniquement les effets néfastes. "
Pour parvenir à cet objectif ambitieux, le centre exploite au mieux les ressources locales naturelles et humaines tout en utilisant un mélange judicieux de méthodes agricoles traditionnelles et modernes. Le programme incite à la responsabilité individuelle et collective ainsi qu'au partage d'un large éventail de connaissances et d'avis, partage que le centre incite à poursuivre bien après la fin des études par le biais de réseaux d'anciens étudiants. Nzamujo espère de cette manière inculquer l'esprit d'entreprise à toute une génération de Béninois qui deviendront ainsi " les agents de leur propre développement ".
Les candidats aux études doivent posséder une parcelle de terre et se soumettre à un processus de demande pour pouvoir être acceptés. Une fois sélectionnés, les participants s'inscrivent dans le programme gratuit d'une durée de 18 mois. Le centre est financé par la vente de ses produits ainsi que par une variété de donateurs. Songhaï espère parvenir à une autosuffisance de 100 %.
" S'il faut une preuve de la valeur du programme de Songhaï, la voici " dit Tottin : " j'ai économisé assez d'argent entre 2001 et 2005 pour acheter ma propre maison évaluée à 60 000 000 Fcfa (Francs CFA; environ 92 700 USD). " Cette remarque reflète plus sa fierté pour la réussite du centre que pour son propre exploit. Interrogé sur ses chances de réussite sans l'avantage de sa formation à Songhaï, Tottin a rétorqué, " je crois que j'aurais réussi mais beaucoup plus tard dans la vie car ce programme m'a tiré du plus profond sommeil et m'a mis en contact avec les réalités de la vie. "
L'éducation nécessite des outils. Craie et ardoise suffisaient jadis, puis la société est passée au stylo, au cahier et aux livres. Pour préparer les citoyens d'aujourd'hui à participer et à survivre à une économie mondiale reposant sur l'information et axée sur la technologie, les outils utilisés doivent aussi évoluer. Se souvenant de la perspicacité de Bill Gates qui envisageait un ordinateur par foyer, le cadre d'action de Dakar (avril 2000) affirme que l'usage de nouvelles technologies de l'information et de la communication est la stratégie à privilégier pour atteindre les buts de l'Éducation pour Tous (EPT). Outre permettre de parvenir aux buts en matière d'éducation en raison de l'adaptation des outils qu'il représente, l'accès à l'ordinateur et à la technologie de l'information contribue à un accroissement de l'échange d'information ainsi qu'à une autonomisation sociale et économique. L'ordinateur permet également d'envisager l'éducation de populations géographiquement éparpillées mal desservies par l'infrastructure, par exemple, les écoles et les routes. Enfin l'ordinateur comporte un aspect ludique et attrayant qui a accru la fréquentation scolaire, comme cela a maintes fois été démontré.
Il existe dans le monde un grand nombre d'organisations qui se sont donné pour mission de mettre un ordinateur entre les mains de chaque enfant. L'une d'elles est
One Laptop Per Child, organisation à but non lucratif dont l'initiative ordinateur portatif à 100 USD a été présentée au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, en 2005. OLPC projette de lancer la production de ces ordinateurs, qui n'a pas encore débuté, fin 2006, début 2007. En plus de leur prix novateur (et du fait qu'ils peuvent être alimentés par dynamo et manivelle), ces ordinateurs sont livrés chargés de logiciels d'égal à égal, ce qui ouvre des voies de communication entre les élèves comme entre les utilisateurs d'Internet. OLPC limite les coûts en éliminant une grande partie du " superflu " des appareils du commerce et en diminuant spectaculairement le coût de l'affichage. Donc, qu'est-ce qu'un ordinateur portable à 1000 USD peut faire de plus que celui-ci ? Pas grand-chose, réplique fièrement OLPC. La seule chose qu'il ne peut pas faire est stocker de grandes quantités de données.Une fois la production lancée, les ordinateurs seront mis à la disposition des gouvernements pour des initiatives de grande échelle en matière d'éducation. Une version commerciale sera mise au point à l'avenir
.Une autre possibilité à coût modique est le Simputer, " solution de rechange portable pour le PC. " L'attrait du Simputer est sa simplicité et son accessibilité ; son convertisseur texte-parole intégré supprime l'obstacle à l'autoroute de l'information que constitue l'illettrisme. Un écran tactile permet la saisie de petites quantités de données, mais celle de grandes quantités de données peut nécessiter l'adjonction d'un clavier externe.
Tandis que le coût d'un Simputer se monte à environ 200 USD, celui-ci se prête, grâce à son lecteur de cartes d'extension mémoire à une utilisation par de multiples usagers, ce qui le rend idéal pour les coopératives de village. Le Simputer a été lancé en Inde en 2000, mais en dépit du succès prédit, il pourrait être plus largement répandu. Les avantages de cette machine sautent aux yeux. Dans des communautés largement illettrées, l'accès à l'information peut susciter une spirale de savoir susceptible d'améliorer le taux d'alphabétisation.
En Inde, la question de l'accessibilité de Internet a trouvé des réponses dans une expérience d'un niveau technique relativement modeste lancée par la société de génie logiciel NIIT Ltd avec le soutien financier de la banque mondiale, entre autres. Appelée Trou dans le Mur car les premières unités ont été encastrées dans un mur de la société NIIT situé en bordure d'un bidonville de la Nouvelle Delhi, l'initiative favorise un auto-apprentissage sans intervention d'un éducateur, par des personnes appartenant aux couches les plus déshéritées.
Sugata Mitra, physicien de NIIT, supervise depuis 1999 l'installation de 150 ordinateurs dans des une cinquantaine de kiosques implantés dans des lieux allant des bidonvilles de la Nouvelle Delhi aux régions du Jammu et Cachemire déchirées par les conflits. Les enfants et les adolescents sont les principaux consommateurs des stations d'apprentissage du Trou dans le Mur, et alors que beaucoup d'entre eux n'ont jamais vu d'ordinateur de leur vie, garçons et filles réussissent tous parfaitement à découvrir la technologie. Ils s'apprennent aussi l'anglais en surfant les articles de journaux et en cherchant du travail pour les membres de leur famille. En plus de ces activités, les enfants peuvent aussi dessiner et peindre sur les ordinateurs, recevoir du courrier électronique et télécharger des fichiers de musique.
Les recherches menées sur les méthodes d'enseignement à intervention minimale ont permis de conclure que les postes d'apprentissage améliorent les résultats solaires des enfants. Ceux qui ne sont pas scolarisés peuvent aussi bénéficier du modèle et les communautés à services pédagogiques de faible niveau en tirent autant d'avantages, sinon plus, que celles dotées de services pédagogiques d'un niveau plus élevé
.Avec l'accroissement de l'accessibilité à l'ordinateur et à l'Internet, les citoyens et les communautés des pays émergents pourront aussi bénéficier des possibilités d'apprentissage à grande distance. Un moyen d'y parvenir est le podcasting ou baladodiffusion. Au Pérou, Practical Action est en train de mettre à l'essai un projet consistant à fournir des informations ciblées sur un problème local dans le but de réduire la pauvreté au moyen de la baladodiffusion. Les programmes fournissent par exemple, des informations sur l'élevage dans la région de Chanta Alta, tandis qu'à Chiliate, ils sont axés sur le raisin et les haricots. La langue utilisée dans les balados est volontairement simple pour que les programmes demeurent aussi accessibles que possible.
En attendant, les gouvernements et les OIG s'attaquent au défi d'augmenter le niveau de culture informatique en Afrique.
L'initiative école électronique du NEPAD vise à donner à plus de 600 000 écoles réparties sur tout le continent la connectivité au réseau e-School [école électronique] et à Internet tout en fournissant les logiciels, le contenu et la formation des enseignants. L'Algérie, le Burkina Faso, le Cameroun, l'Égypte, le Gabon, le Ghana, le Kenya, le Lesotho, le Mali, le Maurice, le Mozambique, le Nigéria, le Rwanda, le Sénégal, l'Afrique du Sud et l'Ouganda participent à ce programme à ce jour. L'initiative est présentée comme étant le programme le plus ambitieux de ce genre dans le monde.
Ces initiatives et d'autres de ce genre s'inscrivent dans un puissant mouvement mondial de réforme de l'éducation qui constitue un préalable au progrès économique et social dans les pays les moins avancés. Des ordinateurs abordables dans les salles de classe et les villages du monde en développement sont primordiaux pour extirper ces pays de la pauvreté et leur permettre d'atteindre les objectifs de développement du millénaire
Il est bien connu que les conflits armés créent des conditions engendrant la misère et que la misère est un terrain on ne peut plus propice au développement de conflits. Le PNUD, conscient du lien entre conflit et développement fait de la prévention des crises et du redressement, la pierre angulaire de ses activités.
Personne n'ayant encore trouvé de solution magique pour mettre fin aux conflits violents, de nombreuses agences de développement sont forcées de rester à l'écart dans les régions qui auraient le plus grand besoin d'assistance technique.
Entrent en scène deux habitués de la médiation internationale et de la résolution de conflit : Anthony Wanis-St. John, professeur adjoint de la section Paix internationale et résolution de conflits mondiaux de l'Université American ainsi qu'adjoint à la recherche du Centre de résolution des conflits Internationaux de l'Université Columbia et Darren Kew, professeur adjoint du programme de résolution des litiges de l'université de Massachusetts, à Boston ainsi que chercheur universitaire dans le programme de négociation internationale et résolution de conflit à la Fletcher School. Wanis et Kew qui totalisent entre eux plus de 20 années de médiation, de travail sur le terrain et de négociations sont tombés sur une lacune dans les écrits concernant la médiation. D'une manière générale, les médiateurs préfèrent limiter le nombre d'intervenants dans un processus de paix en partant du principe que " l'on ne parvient à rien quand tout le monde met son grain de sel ". Cependant, il ressort des écrits traditionnels sur l'édification de la paix, que plus la société civile participe à un processus de paix, plus les chances de parvenir à une paix durable sont grandes. Pour trancher, Wanis et Kew posèrent la question: " la société civile doit-elle avoir une place à la table de médiation ? " Pour y répondre, ils ont entrepris de découvrir s'il y avait un lien entre la participation de la société civile et l'issue de l'accord. De l'examen d'environ deux douzaines de conflits, qui représentent le premier niveau de recherche, ils ont tiré des conclusions intéressantes et nuancées.
D'abord, lorsque la société civile participe à un conflit concernant des délais, soit en exerçant son influence sur les acteurs primaires, soit par le biais d'une invitation à s'asseoir à la table de négociations (fait rare), il semble qu'une paix durable après conflit soit plus fréquente
.Les études ont également montré que plus les décideurs sont animés d'un esprit démocratique dans le processus de paix, moins il est nécessaire à la société civile de prendre part aux négociations pour parvenir à une paix durable. L'ANC, qui en tant qu'acteur intégral dans les principales négociations en Afrique du Sud, était un parti démocratique, en constitue un exemple.
Enfin, comme on pouvait le présager, la reprise de la guerre était quasiment assurée lorsque la société civile était absente. Les conflits du Nigeria (Delta du Niger) du Népal, du Libéria (à la suite des accords de 1996) du Congo-Kinshasa (1999), du Kosovo ainsi que le conflit israélo-palestinien illustrent cette tendance.
La seule exception à " la règle " est la Bosnie, qui malgré un faible niveau de participation de la société civile, profite d'une paix durable, laquelle tient uniquement à une importante participation militaire internationale.
En fin de compte, " il faut que les sociétés civiles aient la capacité d'influencer les négociations même si elles n'y participant pas " affirme Wanis. Kew ajoute: " dans les conflits où les chefs de guerre jouent un rôle prédominant, nous suggérons de trouver un moyen de faire intervenir, d'une manière ou d'une autre, les acteurs de la société civile dans les négociations ". À ce stade préliminaire, le but est d'aborder les possibilités d'action concernant la participation de la société civile dans un processus de paix en cours.
Il reste ensuite aux auteurs à examiner les erreurs, les meilleurs pratiques et les conditions dans lesquelles la participation de la société civile se produit ou non. Wanis et Kew espèrent élaborer des mécanismes permettant d'accroître la participation de la société civile. Is espèrent pouvoir, s'ils disposent de fonds suffisants, utiliser ces conclusions comme tremplin pour la création d'une série de formations proposées à la société civile par le biais de groupes de réflexion, d'OIG et d'autres acteurs intervenant dans la gestion de conflits et l'élaboration de la paix
.Les conclusions des auteurs ont suscité l'intérêt de Mark Mattner de l'unité de prévention des conflits de la banque mondiale, en raison des preuves du lien entre la participation de la société civile et le succès des accords de paix qu'elles contiennent. " Nous avons essayé de souligner la manière dont ces mécanismes pourraient fonctionner et quelle recherche opérationnelle supplémentaire pourrait se révéler utile ".
Et comme pour tout, l'argent est persuasif. Kew ajoute : " Si la recherche continue à indiquer que la participation de la société civile aux négociations améliore les résultats de la paix, les donateurs commenceront peut-être à voir des résultats substantiels pour leur assistance.
Wanis et Kew s'intéressent au développement d'une gamme d'options de politiques concernant la participation de la société civile à un processus de paix en cours. (Leur étude actuelle n'indique pas la manière d'amener la CS à la table de négociations). Les auteurs envisagent de faire porter leur attention sur les organisations régionales, les grandes puissances et les états de puissance moyenne qui prennent part à ce genre de médiations. " Nous voulons répandre la nouvelle à la société civile aussi, nous voulons lui faire savoir que la participation est une bonne chose pour elle. "
Wanis ajoute, " Nous espérons qu'ils feront changer les leaders d'avis lorsqu'ils décideront de se lancer dans un processus de paix et qu'ils engloberont plus de parties et consulteront davantage. " De plus, déclare-t-il " les groupes de la société civile devront s'organiser et parler d'une seule voix sur les sujets qui leur importent. " Ces questions couvrent tous les aspects du développement, de questions telles que la reconstruction suivant les conflits, le développement socio-économique, la justice et la réconciliation, l'équité entre les sexes et les droits de l'homme.
" Il existe à mon sens un rapport étroit entre démocratie et résolution de conflits " déclare Kew. Le processus de paix démarre un mode d'action que l'on peut poursuivre dans la phase ultérieure au conflit. Si vous pouvez susciter et démarrer des activités au niveau local en Somalie par exemple, vous entamez un processus de participation qui aura le potentiel de bâtir un monde plus juste. "
Pour plus de détails, contactez les auteurs à wanis@american.edu et à Darren.Kew@umb.edu.
Doussou Balo, épouse et mère de deux enfants vivant dans le Mali rural qui peut à peine contenir sa joie, a un sourire jusqu'aux oreilles en nous racontant comment elle a débuté son propre commerce de nouilles, puis aidé son mari à démarrer sa propre affaire. " J'ai économisé 20 cents toutes les semaines pendant six mois, puis j'ai fait un emprunt de $6. Avec mon prêt, j'ai acheté de la farine et j'ai fait de la pâte. J'ai ensuite loué un Moulin pour 20 cents. "
Alors qu'un emprunt de six dollars n'a rien de remarquable en soi, le lieu d'où elle a obtenu ce prêt l'est. Elle a emprunté cet argent à elle-même.
C'est le principe de base du programme Épargner pour le Changement, programme conçu et mis en œuvre par Oxfam USA dans des communautés rurales du Cambodge et du Mali. Malgré sa simplicité, la communication du concept à des personnes qui ne connaissent rien ou quasiment rien du monde financier et de niveaux d'alphabétisation variables présente des défis intéressants. Les femmes du village sont incitées à contribuer une petite somme d'argent à une caisse commune. Une fois le capital accumulé, les participantes prennent des décisions concernant les prêts et les taux d'intérêt. À la fin de l'année, les revenues de l'intérêt sont soit réinvestis dans le capital, soit partagés entre les participantes. Et aucun prêt n'est trop petit.
Ce modèle axé sur l'économie et élaboré localement, reprend en le modernisant, le principe des associations d'épargne et de crédit renouvelables qui ont débuté comme outil pour les petits agriculteurs. Pour répondre à l'absence d'accès aux ressources et aux réseaux économiques qui touche de manière disproportionnée les femmes des campagnes, Oxfam USA a adapté le modèle au profit des femmes des milieux ruraux. Les résultats soulignent les avantages directs et les réactions en chaîne qu'entraîne l'autonomisation des femmes: en l'espace d'un mois seulement, Balo s'est procuré du travail et en a également procuré à son mari tout en gagnant assez d'argent pour acheter des médicaments pour elle-même et pour sa fille lorsqu'elles sont tombées malades.
Ce modèle axé sur l'épargne présente un nombre d'avantages par rapport aux systèmes traditionnels de micro-crédit dont bénéficient rarement les habitants des campagnes qui n'ont accès ni à une banque, ni à un prêteur habilité
Ce programme permet aux femmes d'utiliser leur propre argent et de tirer profit de leurs propres réseaux de connaissances. Ainsi, le système est extrêmement stimulant. Il respecte les traditions d'une communauté et est accessible à tous, même ceux qui ne savant pas lire ou écrire. Fatoumata Trioré, " animatrice " d'Oxfam USA en Afrique, fait remarquer qu'un grand nombre des femmes qui participent au plan Épargner pour le Changement commencent à devenir actives dans d'autres activités de groupe. Le système favorise aussi l'indépendance tout en apportant une source de revenu appréciable à la fin de l'année. Oxfam USA estime que Épargner pour le Changement a permis l'ouverture de 7 000 nouvelles entreprises, l'augmentation des revenus de 8 000 femmes et l'achat de 3 000 moustiquaires traitées à l'insecticide contre le paludisme avec les revenus supplémentaires.
L'autre avantage important du modèle est l'autoreproduction. Au cours de la première année du projet au Mali, 21 membres du personnel ont formé environ 400 groupes, qui à leur tour, ont formé plus de 200 groupes.
Une autre évolution intéressante est l'apparition spontanée, en plus des participants qui en forment d'autres dans un processus d'auto-reproduction, de groupes d'épargne et de prêt après constatation par les gens restés l'écart, des résultats obtenus par les groupes existants. .
Du fait que le capital et les intérêts restent dans le village, la communauté entière bénéficie. L'objectif d'Oxfam USA consiste à augmenter l'échelle d'Épargner pour le Changement de manière à toucher 120 000 femmes d'ici à 2010. Comme le disent les publications d'Oxfam, Épargner pour le Changement est un " mécanisme permettant aux populations d'élever elles-mêmes leur niveau de vie, pas un simple don sans lendemains".
Une tendance nouvelle dans la recherche de développement durable est l'application aux problèmes sociaux de solutions empruntées à l'entreprise. Outre les avantages évidents - des bienfaits réels pour les déshérités - cette approche nouvelle applique des modèles agressifs fondés sur le coût-avantage et comportant des stratégies spécifiques de revenu à la solution de quelques-uns des défis les plus fondamentaux du monde.
Un exemple qui ne manque jamais de susciter le hochement de tête approbateur "pourquoi est-ce que je n'y avais pas pensé ? " est la PlayPump, littéralement pompe-jeu. Le principe en est simple : une pompe à eau actionnée par des enfants qui jouent sur un manège. Le manège qui fonctionne à la manière d'un moulin à vent, alimente un système de pompe qui fait remonter l'eau du sous-sol et la déverse dans une citerne d'une capacité de 2500 litres placée au-dessus du manège. Pour accéder à l'eau ainsi emmagasinée, il suffit de tourner un robinet.
Le plus surprenant, en ce qui concerne la PlayPump, c'est qu'en dépit des grands services qu'elle rend aux communautés rurales d'Afrique du Sud depuis dix ans et en dépit du prix accordé par la Banque mondiale en 2000, si peu de participants potentiels, d'activistes, de gouvernements et de donateurs en connaissent l'existence.
La PlayPump est une innovation étonnamment simple et efficace qui permet de relever plusieurs défis importants au développement. Le premier avantage et le plus évident est qu'il offre un système renouvelable et autonome de fourniture d'eau non contaminée à une communauté. L'OMS confirme que 4 % de tous les décès et 5,7 % de toutes les maladies (en AVCI) se produisant dans le monde entier, sont imputables à l'eau et au manque d'assainissement et d'hygiène.
La pompe apporte également une solution au problème critique de l'accès, problème qui touche particulièrement les femmes et les fillettes. La collecte de l'eau en Afrique rurale constitue une tâche longue, harassante et souvent dangereuse qui, selon l'OMS, nécessite plus de 40 milliards d'heures de travail de la main-d'œuvre africaine. Cette tâche incombant pour la plus grande part, aux femmes et aux enfants, le temps économisé par l'installation d'un approvisionnement d'eau sur place permettra aux filles de fréquenter l'école et aux femmes de se consacrer à des activités plus productives
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(Les conséquences de l'inaction aujourd'hui sont graves : selon l'OMS et l'UNICEF, les maladies diarrhéiques causent actuellement 1,8 million de décès par an, dont la plupart surviennent chez les enfants de moins de cinq ans, des millions d'autres restant affligés de handicap permanents. Plus de 40 milliards d'heures sont gâchées en Afrique pour aller chercher de l'eau potable. De plus, beaucoup d'enfants, particulièrement les filles ne peuvent pas aller à l'école par manque de latrines, gaspillant ainsi leur potentiel intellectuel et économique.
http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2004/pr58/en/)
Autre avantage de la pompe : elle favorise la fréquentation scolaire en général. Le manège étant situé à l'intérieur des cours d'écoles, les enfants ont le désir d'y être vus, et, en milieu rural, cela signifie que la partie est à moitié gagnée.
Enfin, la citerne elle-même fournit un emplacement pour la publicité, ce qui assure les revenus nécessaires à l'entretien du système. Quatre panneaux placés sur la citerne portent des messages axés sur l'éducation, la santé et des produits de consommation. Coca-Cola, l'un des premiers supporters, utilisait l'espace publicitaire pour sensibiliser les gens au SIDA/VIH.
Et bien sûr, ne l'oublions pas, le manège est un jeu dont raffolent les enfants. Ce détail n'est pas négligeable dans des communautés où les enfants n'ont pas de jouets dont l'importance est primordiale dans leur développement social et cognitif.
Les organisations qui soutiennent la PlayPump présentent un modèle de gestion unique en son genre pour les projets de développement. Tandis que l'ONG, PlayPumps International, compte sur ses partenariats avec les gouvernements locaux, les entreprises et le monde des organisations sans but lucratif pour réaliser les forages et financer les pompes, son associée Roundabout Outdoor installe les pompes, vend la publicité et garantit l'entretien des pompes.
La PlayPump peut puiser jusqu'à 1400 litres à l'heure avec moins d'efforts que n'en exigent d'autres pompes actionnées à la main. Installée à des profondeurs allant de 40 à 100 mètres, la facilité d'utilisation est extrêmement importante. Sa situation à proximité d'une cour d'école constitue un facteur essentiel ainsi que l'emplacement du robinet à distance du forage de manière à diminuer le risque de contamination.
Le coût du système PlayPump, qui englobe le matériel, les essais, l'installation et la formation se monte à 14000 USD. En outre, PlayPumps estime que le forage d'un nouveau trou coûtera entre 5000 et 10 000 USD en dépit de l'inflation des prix dans certains pays africains. Afin de maintenir le niveau de prix à un minimum, PlayPumps préconise un modèle de collaboration impliquant la participation du gouvernement et des ONG. Par exemple, lorsque PlayPumps débute ses activités dans un nouveau pays, elle essaie toujours d'obtenir des engagements du gouvernement concernant les forages, lesquels seront ensuite associés à un financement des pompes par des donateurs privés. L'UNICEF a aussi contribué des forages dans nombre de nouveaux lieux où PlayPumps voulait œuvrer.
Pour ajouter à son palmarès actuel d'environ 700 pompes installées en Afrique du Sud sur une période de 10 ans, PlayPumps envisage maintenant une grande expansion ciblant le Swaziland, le Mozambique, la Zambie et le Malawi pour 2006. Le Lesotho, l'Ouganda, la Tanzanie, le Kenya et peut-être l'Éthiopie bénéficieront de la Phase II de celle-ci. Selon Jill Rademacher, responsable de PlayPumps USA, " le but est d'installer au moins 4000 pompes et de faire profiter 10 millions de personnes des avantages de PlayPumps d'ici à 2010 ". Rademacher a déclaré qu'il faudrait que les gouvernements, les fondations, les sociétés, les ONG et les particuliers continuent à prêter leur concours pour parvenir à ce but ambitieux mais réalisable. Y parvenir devrait être un jeu d'enfant
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